Mon enfant va à l'école néerlandophone : quel français écrit apprend-il vraiment ?

Vous parlez français à la maison. Votre enfant est scolarisé en néerlandais. C'est un excellent choix : en faire un Ketje ou une Meiske bilingue ! Mais qu'apprend-il, exactement, en français écrit à l'école ? Voici notre analyse, basée sur les programmes officiels.

Le contexte : bilinguisme à Bruxelles et en périphérie

À Bruxelles, environ 20 700 enfants sont scolarisés en école primaire néerlandophone. Et selon les statistiques disponibles, près de deux tiers d'entre eux parlent français à la maison. C'est une réalité bruxelloise unique : des milliers d'enfants vivent leur quotidien entre deux langues, sans toujours maîtriser parfaitement les deux à l'écrit.

Mais ce phénomène ne s'arrête pas aux frontières de la capitale. En périphérie aussi, de nombreuses familles vivent la même situation. On peut habiter Wezembeek-Oppem ou Hoeilaart et parler français à la maison. Et certains parents font même le trajet depuis Rixensart, La Hulpe ou Genval pour scolariser leur enfant à Hoeilaart, Overijse ou Tervuren en néerlandais. Le choix d'une scolarité en néerlandais dépasse largement le territoire bilingue officiel.

Ce choix est souvent stratégique et excellent : meilleur encadrement, taille des classes plus petite, accès à un enseignement secondaire performant, et surtout, un bilinguisme oral acquis sans effort. Mais il a aussi un coût caché.

Ce coût, c'est l'apprentissage du français écrit. Pas la conversation, pas le vocabulaire courant : l'enfant parle français à la maison, il n'a pas de problème de fluidité orale. Le problème, c'est la lecture, l'orthographe, la grammaire et la conjugaison françaises. Là où un enfant en école francophone reçoit 6 années d'enseignement structuré, un enfant en école NL en reçoit… assez peu.

Ce que dit le programme néerlandophone

Le programme officiel des écoles néerlandophones (les eindtermen) prévoit l'enseignement du français à partir de la 5e année primaire. C'est une obligation depuis 2004. Avant cette date, le français était facultatif dans le primaire flamand.

Concrètement, voici ce que prévoit le programme :

Pour donner un ordre de grandeur, un enfant qui suit le programme officiel de l'école NL aura, en fin de primaire, une exposition au français qui se compte en centaines d'heures, avec une dominante orale, l'équivalent d'un cours de langue étrangère pour débutants.

Côté écrit, le programme reste minimaliste. Officiellement, schrijven fait partie des compétences à travailler, et certains éléments d'orthographe comme la cédille ou les accents simples peuvent y être abordés. Mais en pratique, on est très loin d'un apprentissage systématique : pas de décodage structuré du français écrit, peu de travail sur les règles d'orthographe (doublement de consonnes, lettres muettes), une grammaire limitée aux accords et conjugaisons les plus simples, et très peu de production de texte.

Le vrai problème est ailleurs : ce programme est conçu pour des enfants néerlandophones qui découvrent le français comme langue étrangère. Pas pour des enfants qui parlent déjà français à la maison. Dans certaines écoles bruxelloises où une majorité d'élèves est francophone, les enseignants adaptent parfois leur approche pour tenir compte du niveau réel. Mais ça reste très variable d'une école à l'autre, et même d'une classe à l'autre.

Ce que dit le programme francophone (FWB)

De l'autre côté de la frontière linguistique, le programme de la Fédération Wallonie-Bruxelles forme l'enfant à la maîtrise complète du français écrit comme langue maternelle. Voici un aperçu de ce qui est enseigné, année par année :

Année Apprentissages principaux en français
P1 (6-7 ans) Apprentissage du décodage (graphème-phonème), sons français spécifiques (oi, on, an, eu, gn, ill), reconnaissance des lettres, syllabes
P2 (7-8 ans) Lecture fluide, premières règles d'orthographe (lettres muettes, accents simples), construction de phrases écrites
P3 (8-9 ans) Classes de mots, accords (nom-déterminant), cédille, sons multiples (s/ss/c/ç), présent des verbes courants
P4 (9-10 ans) Conjugaison (futur, imparfait), homophones (a/à, est/et, on/ont), accord verbe-sujet, production de textes courts
P5 (10-11 ans) Passé composé, accord du participe passé avec être, accord de l'adjectif, types de textes (narratif, descriptif)
P6 (11-12 ans) Accord du participe passé avec avoir, conditionnel, subjonctif courant, analyse grammaticale, production écrite structurée, le tout évalué au CEB en juin

À la fin de la 6e primaire, un enfant en école francophone passe le CEB (Certificat d'Études de Base) qui évalue ses compétences en français écrit. Pour réussir, il faut maîtriser tout ce qui est listé ci-dessus.

Le gap : ce qui n'est pas enseigné

Comparons maintenant. Voici, année par année, ce qu'un enfant en école néerlandophone n'apprend pas, alors que son cousin en école francophone, oui :

Année Ce qui manque (côté école NL)
P1 Tout le décodage du français écrit. Les sons spécifiques (oi, on, eu, gn, ill). Les lettres muettes.
P2 La lecture fluide en français. Les premières règles d'orthographe.
P3 Toute la grammaire française. Les sons multiples du français. La cédille (au-delà de sa simple reconnaissance).
P4 La conjugaison française. Les homophones grammaticaux. L'accord verbe-sujet.
P5 Le passé composé. L'accord du participe passé. Les types de textes.
P6 L'accord du participe passé avec avoir. Le conditionnel. La production de textes structurés en français.

Il n'est donc pas très étonnant qu'à un moment donné, vous remarquiez que même si votre enfant maîtrise le français à l'oral et qu'il arrive plus ou moins à lire, dès qu'il essaie d'écrire, c'est plus compliqué.

Comment combler ce gap (sans stress)

Bonne nouvelle : ce gap se comble. Mais il faut une approche réfléchie, qui respecte deux principes :

À quel âge commencer ? Plus tôt c'est probablement mieux : les recherches en psycholinguistique convergent pour dire que la période entre 6 et 10 ans est particulièrement favorable à l'apprentissage de la lecture-écriture. Cela dit, il n'est jamais trop tard pour commencer, et un enfant plus âgé peut compenser par d'autres avantages (capacité de raisonnement, motivation explicite).

Voici les pistes qui marchent, selon notre expérience et les retours de familles bilingues :

1. La lecture à la maison, en français

Le plus simple : lire 10 à 15 minutes par jour avec votre enfant, en français. Pas pour qu'il apprenne formellement, mais pour qu'il s'expose. Il entendra le rythme, verra les graphies, intériorisera la musique de la langue écrite. Les bibliothèques communales bruxelloises sont gratuites et bien fournies.

2. Une méthode structurée, adaptée aux bilingues

Si vous voulez aller plus loin que l'exposition passive, il faut une méthode pédagogique pensée pour les enfants comme le vôtre. C'est précisément ce que fait Ketkili : on part de ce que votre enfant sait déjà en néerlandais, et on construit les ponts vers le français. 15 minutes par jour, sans pression.

3. Des cours de renforcement en français

Cela a un coût, mais si vous pouvez vous le permettre, des cours particuliers ciblés sont efficaces, à condition de trouver un enseignant qui comprend la situation spécifique d'un enfant bilingue scolarisé en NL.

Apprendre le français ne va pas nuire au néerlandais

Une inquiétude qui revient souvent chez les parents : « Si je travaille le français à la maison, est-ce que ça va perturber son apprentissage du néerlandais ? » La recherche en linguistique du bilinguisme tend à indiquer le contraire.

Les travaux de Jim Cummins sur l'hypothèse d'interdépendance linguistique (1979, 1981), prolongés par Bialystok et d'autres, suggèrent que certaines compétences acquises dans une langue (comme la conscience phonologique ou la compréhension du fonctionnement d'un système écrit) se transfèrent vers l'autre. Le bilinguisme dit « additif » (où on ajoute une seconde langue sans perdre la première) est généralement reconnu comme bénéfique sur le plan cognitif.

D'après la littérature scientifique, travailler le français à la maison ne perturbera pas l'apprentissage du néerlandais : les deux systèmes se renforcent mutuellement, ils ne se concurrencent pas.

« Mon fils en 4e année avait toujours du mal avec l'orthographe française : il écrivait "il a manger" au lieu de "il a mangé". Quand on a commencé à travailler les terminaisons à la maison, il m'a dit : "Ah mais en fait, en néerlandais aussi il y a une différence entre spelen et gespeeld, c'est pareil !" Il a fait le lien tout seul. Depuis, ses deux langues se renforcent l'une l'autre. »
Sarah, maman à Ixelles

En résumé

Si votre enfant est scolarisé en école néerlandophone (à Bruxelles ou en périphérie) :

Scolariser son enfant en néerlandais est un excellent choix. Il demande simplement un petit complément à la maison, pas plus que 15 minutes par jour.

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Sources : Référentiel de français du Tronc Commun (FWB) · Eindtermen Frans basisonderwijs (Vlaanderen) · Cummins (1979), Bialystok (2001), Geva (2014)

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